Quand j’ai parlé de Sciences Po à mes parents, ils ont paniqué

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Article paru dans Le Monde daté du 11 janvier 2017.

Issue du programme de convention prioritaire de Sciences Po, une ancienne élève raconte les difficultés rencontrées au sein de sa famille pour accéder à cette école.

LE MONDE ECONOMIE | • Mis à jour le | Propos recueillis par Emmanuel Davidenkoff

Lancées il y a quinze ans, les conventions éducation prioritaire de Sciences Po concernaient alors une majorité de lycées de banlieue, mais aussi quelques établissements en région, notamment dans l’académie de Nancy. Aujourd’hui directrice du Labo des histoires Ile-de-France Ouest, Amélie Edoin, 24 ans, en a bénéficié. Au prix de rugueuses tensions familiales puis sociales.

Quand entendez-vous parler de Sciences Po pour la première fois ?

En classe de 2de, par des professeurs, exceptionnels, qui vont me marteler : « Tu peux le faire. » Car au début, je suis réfractaire à l’idée. Je leur réponds que j’irai à la fac, comme tout le monde. Ma famille a mis encore plus longtemps que moi à accepter l’idée que je suive de telles études. Mes parents ne connaissaient pas Sciences Po et lorsque je leur en ai parlé pour la première fois, ils ont paniqué. Et cela n’a fait qu’empirer au fil des réunions d’information. Ils craignaient que je sois complètement démoralisée en cas d’échec. De plus, Paris leur faisait peur. Ils me disaient que je n’étais jamais « montée à la capitale », qu’une école où la majorité des élèves sont issus d’un milieu bourgeois n’était pas « ma place », que je ferais mieux d’aller à l’université avec des gens « comme moi ». Ma sœur a également mal réagi, comme si je la rejetais. Cela a créé un fossé entre nous. Finalement, au début, le principal soutien affectif a été celui de ma meilleure amie, qui a suivi le même cursus que moi. Nous nous sommes battues ensemble, contre vents et marées, avec le soutien de quelques amis qui croyaient en nous.

Comment fait-on face, adolescente, à une telle pression familiale et sociale ?

J’avais envie de réussir, de m’élever, de prouver à tous que je pouvais le faire – dans ma famille, seul mon parrain avait fait des études.

Finalement vous entrez à Sciences Po, mais sur le campus de Nancy…

Parce qu’il y a une spécialité en allemand et que c’est une langue que je parle depuis que je suis petite, et parce que Nancy est certes une grande ville, mais une grande ville qui est située à côté de chez moi. Je me dis que ce sera plus facile qu’à Paris. Mais je me trompe. Dès le premier jour, une jeune femme vient me voir et m’interroge : « C’est toi, la convention éducation prioritaire », me demande-t-elle ? J’acquiesce. Elle me sourit mais pour me dire : « Je suis ravie de rencontrer des gens comme toi ; je n’en avais jamais vu. » Puis je m’aperçois au fil de l’échange que la seule chose qu’elle cherche à connaître, ce sont mes notes au bac, pour évaluer si les élèves de zone d’éducation prioritaire méritent vraiment d’entrer à Sciences Po.

 

Et quand vous les lui donnez ?

Elle me dit que ce n’est plutôt pas mal… pour des gens comme moi. Mais finalement, tout cela m’a aussi donné de la force, celle de clouer le bec à toutes les personnes qui pensent de la sorte, en obtenant de bons résultats.

A la sortie de Sciences Po, vous vous engagez dans l’entrepreneuriat social, au Labo des histoires, qui organise des ateliers d’écriture notamment pour des enfants issus de ZEP…

C’est la continuité de mon histoire. A mon tour de transmettre, de donner envie à des jeunes de se dépasser. Je crois profondément à l’insertion par l’éducation et la culture. »

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